15 juillet 2020: l'ambiguïté d'une date !
Ainsi donc la sentence est tombée lundi soir sur le coup de
20H ! Affirmer qu’elle nous a surpris serait totalement exagéré, puisqu’
une presse toujours aussi complaisante avait commencé à préparer l’opinion
depuis quelques jours. Le locataire de l’Elysée jusqu’en mai 2022, a donc
annoncé ce que nous redoutions, à savoir l’interdiction des rassemblements
jusqu’à au moins la mi-juillet. Si chacun jugera, selon ses propres
convictions, du bien-fondé ou pas de cette mesure, il me semble plus
intéressant de m’attarder sur l’absurdité représentée par le choix de cette
date qui met tous les organisateurs dans l’embarras le plus profond et qui
surtout ne satisfait strictement personne.
Pour être plus clair : soit il est annoncé que les
festivités de l’été auront lieu de manière certaine et dans leur intégralité à
partir du 15 juillet et chacun peut donc, dans ce cas, prendre ses dispositions,
soit, dans le cas contraire, il est proclamé, sans la moindre ambigüité,
qu’elles sont définitivement annulées, comme l’ont fait, par exemple, les
Allemands en interdisant toute manifestation recevant du public jusqu’au 31
août 2020.
Organiser un concert ou pire encore un festival sur
plusieurs jours représente un travail considérable, méconnu du grand public,
qui débute très souvent dès la fin de l’édition précédente. Car, un spectacle
de cette dimension ne se résume pas à la simple signature d’un contrat avec un
artiste ou un groupe. Il nécessite un long et fastidieux travail de création
d’une chaîne de logistique avec une multitude de détails, auxquels bien souvent
le spectateur lambda ne pense pas. C’est pourquoi la décision de fixer une
éventuelle échéance au 15 juillet est une absurdité totale.
Pour illustrer ces
propos, prenons plusieurs exemples. Les festivals comme le Hellfest, les
Francofolies, Garorock, Cognac Blues Passion et quelques autres, dont la date
de déroulement était fixée avant le 15 juillet sont annulés et les
organisateurs vont parfois pouvoir commencer un long et pénible combat avec
leurs compagnies d’assurances (au passage, total soutien aux organisateurs du
Hellfest dans leur difficile bataille juridique). Mais, eux, au moins, savent à
quoi s’en tenir et la décision annoncée lundi soir ne laisse place à aucune
ambiguïté.
Le vrai problème se situe pour ceux dont l’échéance est
postérieure au 15 juillet. L’organisateur des Vieilles Charrues, pour ne citer
que lui, a dû certainement se trouver dans un profond embarras ce mardi matin
et personnellement, je n’aurai pas aimé être à sa place. Que devait- il décider,
puisque son festival était prévu pour se dérouler du 16 au 19 juillet ? Devait-il
le maintenir en continuant à engager de nombreux frais avec le risque d’une
annulation dans les prochaines semaines, selon l’évolution de la situation
sanitaire ou bien l’annuler dès à présent ? Il se retrouvait dans la
situation du joueur de poker qui se trouve acculé à mettre son » tapis »
sur la table avec un simple brelan de 2 et a préféré, en toute logique, tout
annuler.
La situation était
encore plus cocasse pour le festival de Jazz d’Antibes, puisque le déroulement
de celui-ci se retrouvait à cheval entre les deux dates fatidiques (9-20
juillet). L’organisateur a préféré également jeter l’éponge au premier round. Le
dilemme est, en revanche, encore plus délicat pour ceux de Marciac, qui eux se
trouvent du bon côté des dates (24 juillet-15 août). Car, outre les problèmes
déjà évoqués, le charmant festival du Gers se présente aussi avec l’énorme
handicap d’une programmation axée essentiellement sur de nombreux artistes
étrangers (en particulier Nord -Américains) dont la présence reste très
incertaine, du fait de l’éventuel maintien de la fermeture des frontières. A ce
jour, leur décision reste en suspens.
Et que dire des
petites associations locales, comme par exemple « Allez les filles »
sur Bordeaux, qui tous les ans accomplit un travail remarquable en proposant,
malgré un budget des plus limités, des rendez-vous musicaux variés et de grande
qualité tout au long de l’été, dans le cadre du festival Relâche, et dont les
recettes des concerts représentent pratiquement leur seule source de revenus et
que l’on plonge ainsi dans l’incertitude la plus totale sur leur devenir.
Les prochaines semaines et mois nous apporteront des
réponses sur d’éventuelles dates de report. En tout cas, si la SNCF, les
compagnies aériennes et le réseau hôtelier jouent parfaitement le jeu du
remboursement des frais engagés, nous ne pouvons en dire autant des salles de
concerts type Olympia ou bien des grandes enseignes de commercialisation de
billets comme Ticketmaster, Gérald Drouot Productions, Fnac Billets et consorts
qui brillent par leur absence de réponse aux mails comportant une demande de
remboursement.
Si nous pouvons parfaitement comprendre leur embarras devant
cette situation inédite, leur silence ne les grandit pas. Quant à nous,
modestes amateurs de musique, dire qu’il y a deux mois, jour pour jour, nous
nous trouvions à Londres, pour assister au concert donné par Eric Clapton en
hommage à Ginger Baker, dont vous avez pu découvrir le film intégral mercredi
dernier sur ce blog. Soixante jours après, nous en sommes réduits à remplir un
imprimé pour avoir l’autorisation de sortir une petite heure. Grandeur et
décadence !
Frédéric.

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